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Religieuses abusées, l’autre scandale de l’église

  • Le 16/02/2019
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Pretre et religieuse detailARTE a diffusé le 5 mars 2019 à 20h50 dans le cadre de son magazine THEMA, un reportage sur les abus sexuels subis par les religieuses au sein de l’église, et notamment à l’Arche, illustré par les témoignages de Michèle-France et de Cécilia de la communauté de Trosly-Breuil (voir Une victime du cofondateur de l’Arche témoigne sur ARTE).

Depuis des décennies, des religieuses de tous les continents sont abusées sexuellement par des prêtres prédateurs. Une enquête glaçante sur le dernier scandale de l’Église catholique au moment où le pape François vient de reconnaitre ces violences sexuelles au sein de l’institution.

Les vidéos "Les religieuses abusées, l'autre scandale de l'église" :

. Version courte "Arche" (43 mn) : « Témoignages des assistantes abusées à l’Arche »
.
Version originale diffusée sur la chaine de l'Assemblée Nationale Note 1 : 1ere partie (49 mn) et 2eme partie (51 mn)
 

Bande annonce

Si la parole des victimes de prêtres pédophiles s’est libérée ces dernières années, celle de sœurs agressées sexuellement par des hommes d’Église peine à franchir le mur du silence. Pourtant, elles sont nombreuses, partout dans le monde, à subir des viols par des ecclésiastiques abusant de leur autorité. Certains prêtres n’hésitent pas même à détourner les textes des Évangiles pour disposer impunément du corps des religieuses. Lesquelles, lorsqu’elles se retrouvent enceintes, sont exclues de leurs congrégations ou contraintes d’avorter. Quand ces crimes sont avérés, les coupables sont seulement mutés par la justice cléricale.

Dans les années 1990, après plusieurs années d’enquête dans vingt-trois pays et sur quatre continents, deux missionnaires américaines transmettent l’une et l’autre au Vatican un rapport documenté sur ces abus sexuels. Mais leur cri d’alarme reste sans réponse. En mars 2001, le journal américain The National Catholic Reporter publie pour la première fois ces révélations. Des parlementaires européens, qui se saisissent de l’affaire, font alors adopter une résolution sommant le Saint-Siège de réagir. Depuis, malgré des dénonciations répétées au sein de l’institution, trois papes se sont succédé, sans jamais remédier aux violences sexuelles perpétrées contre les religieuses.

Tragédie intime

Au fil d’une rigoureuse investigation menée pendant deux ans sur quatre continents, avec la collaboration de la journaliste Élizabeth Drévillon, Marie-Pierre Raimbault et Éric Quintin lèvent le voile sur l'effroyable réalité qui ronge le clergé catholique depuis des années.

Pour la première fois, des religieuses victimes se confient à cœur ouvert sur leur tragédie intime, brisant l’omerta imposée par le Vatican. Outre leur courageuse et douloureuse parole, ce documentaire livre des témoignages rares de mères supérieures ou d’hommes d’Église, dont un proche du pape François, engagés dans la lutte contre ces agressions sexuelles. Il interroge aussi des responsables religieux soucieux de repenser les rapports entre genres au sein de leurs congrégations. Des dérives mafieuses de certaines communautés cléricales aux avortements forcés jusqu’aux méthodes employées pour étouffer le scandale, une plongée glaçante au cœur d’un des plus anciens tabous de l’institution catholique.

De nombreux témoignages

Michele france portrait« Il me prenait la main et me la mettait sur son sexe en me demandant de le caresser. » Celle qui parle ainsi s’appelle Michèle-France.

En 1971, cette religieuse de 26 ans vit sa foi dans un couvent de Carmélites, à Boulogne Billancourt, en banlieue parisienne. Après avoir prononcé ses vœux perpétuels, elle devient la victime du directeur spirituel chargé de l’accompagner : « Les caresses intimes ont commencé. Ce n’était plus à travers la soutane. Il la soulevait et me demandait de le masturber. Il caressait aussi mon sexe. »

Quand elle quitte son couvent de la région parisienne pour la communauté de l'Arche à Trosly-Breuil dans l'Oise, elle tombe sous le joug d’un autre prêtre, frère biologique de son premier bourreau, qui abuse d’elle lui-aussi : « J’étais comme tétanisée par ce vieux bonhomme sale. Je ne comprenais pas pourquoi je me laissais faire. Je vivais cela comme une pénitence… »

Doris portraitDoris ex-religieuse de 33 ans a été violée à Rome en 2007. La jeune allemande travaillait alors dans une bibliothèque de la Famille spirituelle de l’Œuvre, à deux pas du Vatican. En 2010, le prêtre qui a abusé d’elle durant plusieurs mois a été confondu : « J’ai tout raconté à ma supérieure et elle en a parlé avec son supérieur masculin, qui a ensuite confronté mon agresseur, qui a lui-même admis les faits…

Pourtant, il est toujours prêtre et membre de la communauté. Et aujourd’hui encore, il est dans une maison pleine de jeunes Sœurs. Alors que tout le monde sait ce qu’il a fait ! »

En 2010, Doris a obtenu le droit de quitter Rome pour s’éloigner de son prédateur. Un an plus tard, face à l’impunité dont jouit toujours le prêtre, elle a décidé de renoncer à sa vie de religieuse. Sa Mère supérieure avait jusqu’alors acheté son silence… en échange de 3000 euros versés par sa communauté.

Des hommes d’églises n’appliquent pas la politique de l’autruche

Pere pierre vignon portraitQuelques hommes d’Église ont décidé de les soutenir. Comme ce prêtre du diocèse de Valence, limogé en novembre 2018 du tribunal ecclésiastique de Lyon.

Le Père Pierre Vignon affirme que les condamnations prononcées par les tribunaux ecclésiastiques sont censurées par le Vatican et dénonce la complicité coupable de la hiérarchie de l’Eglise : « Faut balancer, il y a un vrai problème parmi les évêques notamment. Ils sont lâches et protègent les prédateurs quand ils ne le sont pas eux-mêmes ! » Comme d’autres prêtres dans ce film, le père Vignon raconte la condition de servitude de ces religieuses, parfois sexuellement exploitées, jusqu’à Rome…

Ces abus sexuels ne sont ni des faits isolés ni des crimes qui appartiennent au passé

Predateur au loinEn 2003, dans son école de vie près de Tours, Catherine s’apprête à entrer dans la vie religieuse. En confession, le prêtre chargé de sa formation lui explique : « Tu n’as pas besoin de quête spirituelle, tu es un être supérieur… En revanche, tu as besoin d’amour ! Il mettait ses mains dans mes parties intimes pour – disait-il – les purifier… »

Sans le comprendre, cette Française de 18 ans vient de tomber sous l’emprise de ce prêtre formé aux préceptes déviants du fondateur de la Famille Saint Jean. Comme Catherine, des dizaines de femmes ont été abusées pendant des décennies par les prêtres dévoyés de cette communauté.

Témoignage d'un prédateur repenti

Au Canada, un prédateur repenti confirme que les avortements de religieuses abusées font partie des usages. 

Marie-Paul Ross, la Sœur psychothérapeute qui a permis aux réalisateurs de recueillir sa confession est témoin depuis les années 70 de ces « crimes contre la vie. »

Un constat embarrassant pour le pape François qui a mené, en octobre dernier lors d’une catéchèse place Saint Pierre, une charge violente contre les laïques qui pratiquent des avortements que rien ne peut justifier à ses yeux…

"Le changement viendra de la libéralisation de la parole des femmes"

ReligieusesPour réaliser son documentaire, le réalisateur Éric Quintin a enquêté pendant deux ans et sur quatre continents, avec Marie-Pierre Raimbault, sur les viols de religieuses par des prêtres. Un scandale d'ampleur mondiale.

La problématique des sœurs abusées par des hommes d’Église existe depuis des décennies, mais personne ne s’en est emparé. Au fil de notre enquête, nous avons découvert que les prêtres abuseurs opéraient de la même façon sur tous les continents, en instrumentalisant leur savoir et leur autorité pour obtenir des faveurs sexuelles.
Cette approche est facilitée par la posture de l’Église, qui valorise la parole de l’homme et place donc les religieuses en situation d’infériorité.

Notre film n’est pas un pamphlet contre la foi. Il interroge, au terme d’une investigation minutieuse, le système d’une organisation qui se prétend exemplaire mais couvre les actes de prédateurs et pratique des avortements forcés.

Ces dérives soulèvent les questions de la place de la femme et de la sexualité dans l’Église. Tant que le clergé ne les abordera pas frontalement, les abus continueront. Plus que des propos du pape François, qui, malgré une certaine volonté, est freiné par une frange réactionnaire de l’institution, le changement viendra de la libération de la parole des femmes et de la prise de conscience de l’opinion publique.”

Reportage ARTE présenté par Andrea Fies (1h36mn)

Documentaire de Marie-Pierre Raimbault et Éric Quintin (France, 2018) avec la collaboration d’Elizabeth Drévillon

Coproduction : ARTE France, Dream Way Productions (2019)

Contact presse :
   Rima Matta - r-matta@artefrance.fr - 01 55 00 70 41
   Pauline Boyer - p-boyer@artefrance.fr - 01 55 00 70 40

Mardi 5 mars 2019 à 20.50, le documentaire Religieuses abusées, l’autre scandale de l’Église a réalisé un record d’audience avec 6.3% de pda et 1 480 000 téléspectateurs (SOURCE : MEDIAMAT /MEDIAMÉTRIE : CIBLE 4 ANS ET +) .  Il s’agit de la meilleure audience pour un documentaire depuis le début de l’année.

Jusqu'au 5 avril 2019, avec le replay sur arte.tv, ce reportage a été vu par plus de 3 millions de téléspectateurs.

 

Notes

1 – La vidéo n’est pas toujours disponible sur le Web, probablement à cause de la plainte déposée par le prêtre allemand. Elle réapparaitra certainement avec plus de stabilité une fois le litige traité (voir ‘Courrier Picard – Victimes et condamnées à se taire’).

Pour compléter les vidéos gravitant autour du reportage ‘Les religieuses abusées, l’autre scandale de l’église’ présentes dans ce blog, en voici d’autres de grands médias où s’expriment quelques victimes :

               - Brut : « Abus sexuels dans l'Église : des religieuses sortent du silence »

               - France Culture : « Religieuses abusées sexuellement par des prêtres : une ex jeune religieuse a fait 30 tentatives de suicide »

               - Europe 1 : Scandale des religieuses abusées par des prêtres : « J’étais comme une petite mouche prise dans une toile d’araignée » et « 8 mois de négociations avec le Vatican »

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