Abus sexuels à l’Arche : Jean Vanier déchu de son statut de saint pour celui de prédateur au masque de philanthrope

La femme et le satyre« Ite missa est ! » Ce 22 février 2020 fera date dans l’histoire de l’Arche.
Après le premier coup de buttoir des révélations sur les abus sexuels perpétrés par le prêtre Thomas Philippe mis en pleine lumière par le reportage « Religieuses abusées, l’autre scandale de l’église » le 5 mars 2019 sur ARTE, le second est encore plus cruel pour les personnes apprenant aujourd’hui que l’homme qu’elles avaient mis bien haut sur un piédestal, en était indigne, de par sa connaissance des agissements coupables du prêtre Thomas envers les femmes de l’Arche, mais également de ses propres agressions sexuelles jusqu’en 2005 envers celles dont il avait la charge de leur accompagnement spirituel et dont certaines déclarent avoir été vulnérables à l’époque.

France Inter - Journal de 13h du 22/02/20

Relations sexuelles sous emprise et activités sexuelles sous la contrainte

Le rapport d'enquête incriminant Jean Vanier révèle un personnage aux antipodes de son image publique d'ange gardien des personnes handicapées mentales. Les enquêteurs concluent que Jean Vanier a entretenu des relations sexuelles manipulatrices avec au moins six femmes adultes.

« Il disait : ‘Ce n’est pas nous, c’est Marie et Jésus. Tu es choisie, tu es spéciale, c’est un secret’ »,
« Mais Jésus et moi, ce ne sont pas deux, mais nous sommes un. [...] C’est Jésus qui t’aime à travers moi. »

témoignent les victimes de Jean Vanier, argumentation analogue à celle rapportée par les victimes de son père spirituel Thomas Philippe.

Le rapport d'enquête décrit "un comportement abusif" : Jean Vanier a profité de la confiance que ces femmes avaient placée en lui. Il a "usé de son ascendant pour profiter d'elles à travers divers comportements sexuels."

« J’étais très ébranlée et très vulnérable » raconte une de ses victimes dans le rapport. « Il m’a dit de venir tard (pour de la direction spirituelle). Nous avons prié, j’ai eu une invitation à le rencontrer. C’était très intime, il a tout fait sauf la pénétration.»

« L’accompagnement spirituel s’est transformé en toucher sexuel [...] Cela a duré trois ou quatre ans, chaque fois, j’étais figée. [...] Il m’a dit que cela faisait partie de l’accompagnement. »

Un effet secondaire indésirable de l’enquête mandatée par l’Arche ?

Le 14 juin 2019, une dizaine de jour après la création de la Commission Sauvé chargée d'enquêter sur les abus sexuels dans l'Église, L’Arche Internationale décide de lancer une enquête externe et indépendante afin de comprendre ce qui a pu permettre au père Thomas d’abuser sexuellement les assistantes, pendant 25 ans, en toute sérénité et impunité (voir « 25 ans d’abus sexuels sur les assistantes par le prêtre co-fondateur de l’Arche, le Père Thomas »).

On peut voir dans cette décision d’enquête externe, une réaction fébrile de l’Arche en France suite à l’activation de la commission Sauvé, avec une tentative de garder sous sa coupe, dans la commission maison, les témoignages des nombreuses personnes blessées. Tout un chacun pensait alors que l’auteur des faits était unique.

On imagine aisément le désarroi des instances dirigeantes de l’Arche quand l’enquête externe identifia qu’il n’y avait pas un prédateur sexuel, mais deux, le second étant, ni plus ni moins, que Jean Vanier, l’insoupçonnable, le saint homme, l’idole. D’aucuns des plus réservés et des plus lucides sur le fonctionnement de l’association diront, le gourou !

A l’option habituelle de dissimuler ce qui est gênant dans un rapport ne mentionnant que les exactions de Thomas Philippe – option sur laquelle notre rédaction avait misé, par expérience -, a été préférée la publication de la vérité, fut-elle très difficile à assumer et potentiellement génératrice de contrecoups.

Mais la direction avait-elle le choix ? Probablement que non car les enquêteurs ont rouvert des plaies chez les victimes de Jean Vanier et ces dernières n’auraient certainement pas tolérer que leurs douleurs soient ignorées. Tôt au tard, les faits seraient parvenus sur la place publique, ne serait-ce qu’en suivant l’exemple du cheminement via l’AVREF et les médias déjà ouvert par les victimes de Thomas Philippe. Une telle décision aurait alors pleinement discrédité la direction de l’Arche.
D’autre part, un rapport édulcoré n’aurait vraisemblablement pu être jugé conforme par GCPS et Antoine Mourges en charge de l’enquête.

Il est regrettable que cette dernière n’ait pas été initiée dès la connaissance des conclusions de l’enquête canonique en mars 2015 afin de pouvoir recueillir les explications de Jean Vanier confronté à ses mensonges et surtout ses méfaits… Mais qui aurait osé lui faire lire le rapport ?

Annexes

. « Révélations sur la face cachée de Jean Vanier » par Sophie Lebrun - Lavie.fr – 22/02/2020

. 20.02.22-Enquete de l'Arche-Rapport de synthese20.02.22-Enquete de l'Arche-Rapport de synthese (320.92 Ko) – 22/02/2020

. Reportage d’Alain Crevier sur Radio-Canada – 22/02/20

 

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Commentaires

  • Vatican News
    • 1. Vatican News Le 14/03/2020
    https://www.vaticannews.va/fr/eglise/news/2020-02/revelations-sur-des-abus-commis-par-jean-vanier.html

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